Le projet de transfert, c’est quoi ?

Un projet de santé sous-dimensionné qui ne répond pas aux besoins de la population

La Loire-Atlantique et Nantes : des croissances démographiques records 

Notre région connaît un des plus forts taux de croissance démographique de France, et pourtant, le futur CHU sera plus petit et moins bien doté que les deux établissements existants et qui seront détruits (Hôtel Dieu et l’Hôpital Nord-Laënnec).

La population de la Loire-Atlantique progresse de 1,2 % en moyenne chaque année. Cette croissance la situe au 6e rang des départements métropolitains. Sa dynamique démographique est 1,7 fois plus élevée que la moyenne régionale et 3,0 fois supérieure à la moyenne nationale. Cette hausse est surtout portée par Nantes et son agglomération. 

Entre 2012 et 2017, le département a gagné 81 436 habitants, soit l’équivalent de la population de Saint-Nazaire et de Pontchâteau réunie. Et ça continue… 

Rappelons que le CHU de Nantes accueille principalement des habitants de Loire-Atlantique, mais aussi des départements alentours, comme le montre ce schéma du rapport d’activité du CHU de Nantes de 2018 (p. 26). De plus, 40% des patients viennent de l’agglomération,  37% viennent du reste de la Loire-Atlantique et 23% d’un autre département. 

Et pourtant : le futur CHU sera plus petit, avec moins de personnel soignant et moins de lits. 

Plus petit en taille : le nouveau CHU devrait remplacer sur 10 hectares les 67 hectares de l’Hôtel-Dieu et de l’hôpital Nord-Laënnec.

Plus petit en nombre de lits : 231 lits supplémentaires seront supprimés selon le rapport de la Chambre régionale des comptes, qui s’ajoutent aux lits déjà supprimés depuis plusieurs années. 

Plus petit en nombre de professionnels : 400 postes (équivalents temps plein) seront supprimés (CRC), en plus des postes supprimés ces dernières années (263 depuis 2015). 

Peu à peu le CHU de Nantes se transforme en simple plateau technique (blocs opératoires et autres gros équipements) où on cherche à produire le plus d’actes possible en un minimum de temps. Le CHU de Nantes externalise, et donc privatise, de plus en plus de pans de son activité, au détriment de la qualité des soins. C’est ce que souligne l’enquête de Médiacités sur la saleté de l’hôpital due à la privatisation des services de nettoyage et la réduction des coûts. L’architecture même du projet, avec un bâtiment central contenant le plateau technique entouré de petits pavillons périphériques peut faire craindre, à terme, une vente à la découpe du CHU, bâtiment par bâtiment.

Voici le lien vers le rapport du 13 octobre 2020 de la Chambre régionale des comptes que nous citons dans ce dossier :
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/centre-hospitalier-universitaire-de-nantes-loire-atlantique  

Un recours systématique à l’ambulatoire irréaliste

La suppression du nombre de lits est justifiée du côté des porteurs du projet par un objectif d’augmentation des prises en charge en ambulatoire. Objectif qui est loin d’être atteint parce que trop ambitieux. 

La doctrine de l’ambulatoire : “entrée le matin – sortie le soir”  est certainement une amélioration pour un certain nombre de patients, mais ne peut pas être une réponse systématique. Le nombre de réhospitalisations dues à des sorties trop précoces est déjà important et vient engorger les urgences. L’hôpital fait face à des patients porteurs de plusieurs pathologies, ou isolés, ou avec des pathologies complexes qui nécessitent un accompagnement complet avec la possibilité de passer la nuit pour stabiliser leur situation. S’il n’y a pas de lits, les gens trouveront de la place dans les hôtels privés à proximité. Rappelons que le CHU de Nantes accueille principalement des patients qui vivent hors de l’agglomération nantaise (comme précisé ci-dessus). Dans une région où les déserts médicaux se multiplient, l’ambulatoire ne peut pas être la réponse à tout. 

Les objectifs fixés par le ministère sont de 64 % d’interventions en ambulatoire, et ne sont pas atteints, certainement parce que trop ambitieux, comme le souligne d’ailleurs le rapport de la Chambre régionale des comptes (pp. 4-5). Ces objectifs de performances, de gestions de flux ne sont pas adaptés à  une politique de santé publique ambitieuse et accessible à toutes et tous.

Voici un extrait du rapport de la Chambre régionale des comptes sur l’ambulatoire (pp.4-5) : 

Un CHU de Nantes déjà en souffrance 

Comme partout, le personnel soignant nantais souffre de la situation actuelle et du manque de moyens. Mais le coût colossal de ce projet de transfert, d’au moins un milliard d’euros, a imposé une discipline budgétaire encore plus stricte à Nantes et ce depuis 2008.  

Les conséquences sont alarmantes.

Des suppressions de postes et de lits depuis plusieurs années déjà :
  • 267 emplois permanents supprimés depuis 2015 (bilan social CHU 2019)
  • 163 lits supprimés depuis 2015 : 
    • 73 lits en Médecine-Obstétrique-Chirurgie 
    • 90 lits en gériatrie non compensés ailleurs dans le département 
Détérioration des conditions de travail : 
  • 244 251 jours d’arrêts de travail en 2019, soit plus d’un mois par agent (d’après le bilan social du CHU en 2019) : c’est deux fois plus qu’il y a dix ans. 
  • 10% de taux d’absentéisme, (en hausse depuis 2008) contre 7% à Bordeaux par exemple. 
  • Augmentation de 30% des Contrats de travail à Durée Déterminée entre 2015 et 2019 : on est passé de 1020 à 1456 équivalent temps plein, ce qui implique, comme bien souvent, une précarisation de l’emploi pour des métiers déjà dévalorisés.  
  • Des heures supplémentaires qui ne cessent d’augmenter (+10% entre 2018 et 2019) et qui s’élèvent à 168 180h.
    D’après le syndicat majoritaire, la CGT CHU, pour pallier l’ensemble des heures supplémentaires effectuées, les arrêts de travail et les jours de congés non pris versés sur le compte épargne temps (48 482 jours), il faudrait 1 400 postes supplémentaires au CHU de Nantes. 
  • Des grèves de plus en plus suivies
    • En 2017 : 6 037 heures de grève
    • En 2018 : 5 816 heures de grève
    • En 2019 : 15 483 heures de grève

Soit + 220% d’augmentation des heures de grève en 3 ans et + 266% d’augmentation des heures de grève en 2 ans.

Dégradation des soins due au manque de moyens : 
  • Hôpital sous-équipé : aujourd’hui 1 scanner pour 90 000 entrées, non dédié aux urgences, alors que la réglementation prévoit un scanner dédié aux urgences pour 30 000 entrées
  • Entraînant des déprogrammations de soins (notamment en chirurgie cardiaque) et des délais d’attente trop longs mettant en danger les patients, notamment pour l’identification des cancers. 
  • Des urgences saturées et des patients hospitalisés en urgence sur des brancards faute de lits en nombre suffisants.
  • Une maternité saturée : des patientes re-dirigées vers les maternités privées et qui se voient facturer des dépassements d’honoraires.

Le CHU de Nantes, impréparé à une crise sanitaire majeure 

Jusqu’ici Nantes et la Loire-Atlantique ont été plutôt épargnées par la crise sanitaire, mais jusque quand ? Le CHU de Nantes est-il prêt à faire face à une deuxième, troisième vague de coronavirus voire à d´autres pandémies prévisibles ?

Des métropoles de tailles équivalentes à la nôtre ont 11 à 12 lits de réanimation pour 100 000 habitants ;

  • Des soignant·e·s positifs au covid-19 contraint·e·s de continuer à travailler, faute de personnel ;
  • Exploitation des étudiant·e·s infirmier·e·s pour pallier les manques : des étudiant·e·s de l’Institut de formation en soins infirmiers du CHU de Nantes sous-payés en étant affectés comme stagiaire à des postes pour lesquels ils sont déjà diplômés.

Les polémiques autour du CHU de Nantes ne cessent de se multiplier, donnant une bien pauvre image de l’établissement à ses usagers. 

Un site inondable et difficilement accessible pour les Nantais·es et les habitants de la région  

Un terrain inondable 

Malgré des années de déni, l’Île de Nantes est considérée comme inondable. 

Même si les normes inondations sont théoriquement respectées sur le site choisi de l’île, de Nantes, le risque demeure. L’inondation de l’hôpital de Carcassonne en 2018 avait poussé le gouvernement à affirmer qu’il ne souhaitait plus risquer la construction d’hôpitaux en zone inondable, ce qui est contradictoire avec le projet tel qu’il existe à l’heure actuelle.

On voit chaque année des phénomènes météorologiques exceptionnels devenir de moins en moins exceptionnels à cause du réchauffement climatique, les chercheurs ont récemment abordé cette évolution publiquement, dans la presse lors de la tempête Alex. De plus, dans l’Avis délibéré de l’Autorité environnementale (n°Ae : 2018-103) il est fait mention de modifications qui doivent être menées sur la Loire pour que le plan de prévention des risques d’inondation reste valable (dont la restauration hydro-sédimentaire du lit de la Loire, qui ne semble pas le souci prioritaire de celles et ceux qui préfèrent bétonner l’Estuaire). 

Un terrain exigu 

Seulement 10,1 hectares pour accueillir des structures (Hôtel-Dieu et l’Hôpital Nord-Laënnec) qui en occupent aujourd’hui 67 hectares. De plus, il n’y a aucune possibilité d’extension future, ni de réserve en cas de crises sanitaires, étant donné que les zones bordant le site choisi seront fortement urbanisées. 

Un terrain peu accessible  

C’est la raison qui a été invoquée pour imposer le déménagement du MIN aux abords du périphérique nantais. Ce choix est d’autant plus paradoxal que l’ambulatoire doit être développé et que 60% de la patientèle réside en dehors de l’agglomération.

Prévisions de la Samoa : “des nouvelles lignes de tramway sont prévues pour les salariés et les visiteurs”. Quid des patients ? Le passage au “tout ambulatoire” signifie une forte augmentation des passages dont des sorties inimaginables en transport en commun. Un pont supplémentaire ne sera pas réservé aux usagers et au personnel, au contraire, de nouveaux accès à l’Île de Nantes vont créer de nouveaux afflux de voitures (cf “l’effet aspirateur” et “le paradoxe de Braess”) : si une route existe, les voitures vont l’emprunter. Et si on l’élargit, d’autres voitures viendront, pensant profiter d’une meilleure circulation. Au bout du compte, ouvrir une nouvelle voie ou une nouvelle route aboutit à faire augmenter la circulation. Donc des difficultés supplémentaires pour accéder au CHU notamment en urgence.

L’accès à cette partie de l’Île de Nantes sera également difficile durant les travaux, sans parler de la pollution comme conséquence secondaire : l’étude d’impact mentionne une fourchette de 4 600 à 7 900 camions sur la durée du chantier pour l’évacuation des déchets hors terrassements. Aucune appréciation équivalente n’est fournie pour les approvisionnements de matériaux et pour l’évacuation des déblais, ni mise en regard des trafics aujourd’hui connus du fait du fonctionnement du MIN. 

Un terrain sous la trajectoire d’approche de l’aéroport Nantes Atlantique, à faible altitude 

L’Autorité environnementale note cependant que plusieurs variantes sont toujours à l’étude concernant le réaménagement de Nantes-Atlantique, et notamment relativement à l’allongement de la piste de l’aéroport. “Il conviendrait d’en faire état dans le dossier, et d’apprécier qualitativement, dans la mesure du possible, les conséquences acoustiques qui pourraient découler des différentes variantes.” 

Le Plan d’Exposition au Bruit de l’aéroport a-t-il été réactualisé avec les aménagements envisagés suite à l’annulation de son transfert à NDDL ?

L’usage de l’espace aérien est assez peu documenté de manière générale : ces nouveaux aménagements ne semblent pas avoir été pris en compte dans les trajectoires des hélicoptères autour du CHU et leur compatibilité avec l’évolution du trafic aéronautique.

Un extrait issu de l’Avis délibéré de l’Autorité Environnementale, encore : “À titre d’exemple, l’envol des hélicoptères, pourrait supposer des contraintes de hauteurs pour les bâtiments futurs, qui ne sont pas évoquées”.

Les terrains de l’actuel CHU

Un terrain de 10 hectares dont l’acquisition nécessite de vendre les « bijoux de famille » du CHU (Hôtel Dieu et Hôpital Nord-Laënnec), alors qu’il est propriétaire d’un terrain hospitalier actif de 50 ha, près du périphérique et facilement constructible.

Extraits de l’Avis délibéré de l’Autorité environnementale dans son rapport du  20 février 2019 “ Le choix du regroupement sur l’Île de Nantes a été confirmé en 2009 au regard de la performance des indicateurs financiers, des perspectives d’activité et de retour sur investissement” : il y a 11 ans ! Et depuis… le Covid ?!  “Afin d’appuyer la justification du choix du parti retenu, l’A-E recommande de présenter plus en détail la comparaison sur les critères environnementaux des différentes variantes étudiées, incluant le maintien de la situation actuelle.”

Les surcoûts dus au choix du site

Le choix de ce site implique des surcoûts de plusieurs centaines de millions d’euros pour : 

  • rendre le site accessible : trois nouvelles lignes de tram, la construction de deux nouveaux ponts, accès automobiles… ;
  • éviter éviter l’enfoncement des bâtiments dans ce sol alluvionnaire : 2600 pieux de 60m, 
  • pour lutter contre les nuisances sonores des avions de Nantes Atlantique : triple vitrage notamment  
  • que le site ne prenne pas l’eau : cuvelage, sur élévation des appareillages sensibles…etc… 

Ces dépenses se feront au détriment des soins, et l’impact financier sera très lourd pour le contribuable.

Les impacts écologiques du projet 

Si nous ne connaissons pas encore le bilan carbone du projet de futur CHU sur l’île de Nantes (nos équipes travaillent actuellement dessus), nous pouvons déjà avancer plusieurs éléments. Citation de l’Avis de l’Autorité environnementale :

La partie de l’étude d’impact consacrée aux consommations énergétiques et aux émissions de gaz à effet de serre, souvent confuse, ne permet de rendre compte qu’imparfaitement des différentes ambitions du projet. La nature des chiffres avancés n’est ainsi que rarement précisée, et certaines valeurs apparaissent incohérentes entre les différentes figures, notamment en ce qui concerne la consommation énergétique des différents bâtiments. Les émissions de GES liées à la construction des bâtiments ne sont pas évoquées. 

  • En amont, il a fallu déménager le MIN qui était à l’emplacement du futur CHU. Conséquences : 20 hectares de terres principalement agricoles bétonnées sans qu’aucune mesure de réduction ou de compensation de l’imperméabilisation des sols (par exemple, création de parking perméables) ne soit envisagée. Cf avis délibéré de l’Autorité environnementale (n°Ae : 2016-48)
  • La destruction de deux sites hospitaliers : Hôtel-Dieu et l’hôpital Nord-Laënnec. 

Alors que la rénovation est aujourd’hui privilégiée comme solution plus écologique, la décision de destructions-construction va à contre-courant de cette tendance. Ce sont des milliers de tonnes de déchets de béton qu’il va falloir déplacer, traiter…  

Johanna Rolland, lors de la campagne pour les élections municipales, a affirmé vouloir transformer l’ancien site hospitalier en un grand parc. Ce qui implique la destruction et le désamiantage du site actuel. 

  • Un chantier polluant : 
    • La construction du CHU sur l’île de Nantes implique  “l’évacuation et le comblement de près de 360.000 m3”, soit l’équivalent d’une centaine de piscines olympiques.
    • 4 600 à 7 900 camions sur la durée du chantier pour l’évacuation des déchets hors terrassements (cité plus haut)
  • Des terres polluées 

“Étant donné le passé industriel et portuaire du site de l’Île de Nantes (à partir du XIXe siècle à l’ouest), qui a de plus connu des bombardements, les terres constituées par remblaiements successifs sont potentiellement polluées. Les dernières activités accueillies sur le site sont celles du marché d’intérêt national de Nantes (MIN), regroupant plusieurs ICPE, dont l’activité sera transférée en février 2019. L’analyse historique des activités recense dans le périmètre immédiat cinq ICPE, quatre sites BASIAS20, et plusieurs autres sources potentielles de pollution des sols (transformateur, tour à glace, garage, station-service, etc.).

Des investigations approfondies menées depuis 2013 ont donné lieu à trois études diagnostics de qualité des sols qui ont mis en évidence la présence diffuse de métaux lourds et d’hydrocarbures à des teneurs significatives. “

Sur les sols, voir l’extrait de l’Avis délibéré de l’Autorité environnementale. 

Un chantier pharaonique d’au moins 1 milliard d’euros, un financement douteux et une gestion approximative

Le rapport récent de la Chambre régionale des Comptes (CRC) émet de sérieuses réserves sur la faisabilité et la soutenabilité financière du projet, liées au poids de l’endettement excessif et la persistance d’emprunts toxiques, avec des conséquences lourdes : des réductions imposées d’effectifs et une chute de capacités d’investissement, avec un plateau technique qui deviendra obsolète (sachant que depuis 2017, le CHU de Nantes n’est déjà plus à la pointe), faute d’investissements, et une fuite envisageable des praticiens. De plus, le contexte de crise sanitaire vient empirer la situation financière du CHU. 

On est en droit de se demander pourquoi le scénario alternatif  de modernisation de l’actuel CHU n’a pas été privilégié. Le coût estimé s’élevait à 245 millions d’€. Ce qui aurait permis d’attribuer plus d’argent pour embaucher du personnel soignant, investir dans des équipements et des lits. Voir p. 27 du rapport de l’Inspection des affaires sociales de juillet 2011

Financement du projet 

Le coût du projet a été évalué à 953 millions d’€, en 2009. Il était prévu qu’il soit financé de la manière suivante :

  1. par l’État à hauteur de 225 millions d’€
  2. par “l’autofinancement”, c’est-à-dire la trésorerie du CHU, à hauteur de 300 millions d’€ 
  3. par la dette, soit par un emprunt d’environ 400 millions d’€, au moins. 

Le CHU dans une situation financière insatisfaisante 

La persistance d’emprunts toxiques  

La CRC constate qu’ il reste des emprunts toxiques dont les coûts de sortie sont élevés. Le coût de sortie total s’élève à près de 75 millions d’€ en 2019. L’emprunt le plus toxique restant est indexé sur le Franc Suisse, conclu en 2008 pour 30 ans. En 2018, le capital restant dû est de 16,67 mns€. Le taux d’intérêt est  de 21,55% (2018) et la pénalité de remboursement anticipé est de 43 mns€. 

Cette situation financière exige des réductions d’effectifs dans un hôpital déjà sous tension comme nous l’avons exposé plus haut.

Une faible capacité de remboursement des emprunts 

Pour réussir à rembourser l’emprunt, le CHU doit avoir un taux de marge brute croissante d’année en année (voir le premier tableau ci-dessous). Or, entre 2014 et 2018, le taux de marge brute réalisé n’augmente quasiment pas (voir second tableau ci-dessous).

On peut donc douter de la capacité de remboursement du CHU (la CRC parle d’ailleurs « d’objectifs ambitieux” page 8, pour ne pas dire irréalistes). Et quant à la capacité d’investissement de l’établissement, jusqu’en 2030, elle sera sensiblement réduite. 

Une trésorerie impactée par la pandémie, mettant un peu plus à mal le projet

Les impacts financiers de la crise sanitaire n’ont pas été non pris en compte par la CRC (qui a analysé la période antérieure). Avec la crise sanitaire, le CHU de Nantes a quasiment été à l’arrêt parce que tous les efforts étaient concentrés sur les cas covid-19. Pour compenser les pertes, le CHU a puisé dans sa trésorerie qui a donc fondu. Or, cette trésorerie est supposée financer le projet à hauteur de 300 millions d’€. 

Suite à la première vague, il a fallu augmenter les rémunérations, embaucher massivement, et ouvrir des lits, pour ramener les délais d’intervention à un niveau acceptable. Les coûts augmentent beaucoup plus vite que les encaissements, et la marge brute va en être sensiblement impactée.

Conséquence : étant donné le contexte, le CHU sera contraint de s’endetter davantage pour financer le projet, handicapant encore plus le CHU pour les décennies à venir. 

Il est impératif d’ajuster le projet de nouveau CHU à l’aune de la crise sanitaire. En l’état, la CRC indique que “l’effort pour s’inscrire dans la trajectoire des objectifs est ambitieux et que les faibles performances constatées, notamment en chirurgie ambulatoire, remettent clairement en question la possibilité de les atteindre” (p. 5, voir extrait ci-dessous). 

Un risque élevé de dépassement budgétaire sous-estimé 

Le coût du projet est évalué à environ 953 millions d’euros, basé sur d’anciennes  estimations. Dans son rapport, la CRC émet des doutes et dit attendre des réponses des entreprises aux appels d’offres pour valider le devis. 

En outre, les équipements ont été estimés il y a très longtemps à 11,6% de l’enveloppe, La chambre observe que cette enveloppe a été fixée 15 ans avant l’ouverture de l’hôpital, sur des bases qui ne sont pas nécessairement celles de la santé de demain (p. 64). Si on compare avec le nouveau CHU de Montréal au Canada récemment construit, l’enveloppe pour nouveaux équipements représentait 40% du coût contre 11,6% ici. 

La provision pour aléas 4% est jugée faible par la CRC, étant donné que les gros chantiers de ce type dérapent de 30 à 50% au moins. Il faut souligner que la provision pour aléas du projet nantais (20 millions d’euros) a déjà été consommée !

À l’exemple récent du CHU d’Amiens (40% plus petit que le projet nantais) qui a coûté au final un milliard d’€, soit 60% de plus que prévu. Le projet nantais actuel devrait dépasser le milliard et demi, aggravant d’autant le poids de l’endettement. 

Ce schéma d’investissement dans un gigantesque projet se voulant ambitieux mais qui débouche en pratique sur une réduction des capacités effectives d’accueil est par ailleurs à l’œuvre dans de nombreux projets hospitaliers actuels, comme à Reims par exemple. Il s’agit bien d’une stratégie nationale descendante, où les cahiers des charges sont élaborés sans grande attention aux réalités spécifiques des territoires.  

Extraits du rapport de la Chambre régionale des comptes pp.7-8 :

Une organisation instable

La Chambre régionale des comptes met la lumière sur des problèmes de gestion importants en relevant un ensemble d’éléments troublants : 24 organigrammes successifs, des procès verbaux hors délais, des différences entre les inventaires et les acquisitions, des corrections postérieures au dépôt du permis de construire… toutes ces entorses suscitent une certaine inquiétude. 

Un projet qui n’a pas fait l’objet d’un débat démocratique

Le transfert du CHU n’a fait l’objet d’aucun débat public authentique, ni dans le cadre de la Commission nationale du débat public (CNDP), qui n’a pas été sollicitée, ni ailleurs.

À l’heure où les travaux sont censés débuter, la plupart des d’habitant·e·s de Nantes et de sa région n’ont qu’une vague idée du projet. Certain·e·s pensent même que le site actuel de l’hôpital Nord-Laënnec sera conservé. Pour un équipement public majeur qui va jouer un rôle essentiel dans la vie de centaines  de milliers de personnes pour plusieurs décennies, ce manque d’information est difficile à comprendre et rend le projet quelque peu suspect. 

Manque de concertation sur le projet d’urbanisme

Le CHU île de Nantes a des implications urbanistiques majeures comme nous avons pu le souligner tout au long de ce dossier. Ce projet s’inscrit dans un projet de métamorphose de l’île de Nantes et des alentours. Or, il n’y a eu aucun débat sur le projet global. 

De plus, les débats publics et concertations impliquant les habitants sont insuffisants sur ces sujets, comme le souligne d’ailleurs le rapport de la Commission d’enquête de mai 2018 sur le Plan Local d’Urbanisme métropolitain (pp. 19-20). La Commission relève le manque d’information à Nantes sur l’ouverture de l’enquête : “Si la période et la durée de l’enquête ont peu suscité de critiques, le dispositif mis en place pour informer le public de l’ouverture de l’enquête a parfois été jugé insuffisant, principalement sur la Ville de Nantes. (…) Les dépositions ont été encore beaucoup plus sévères sur la place qui a été accordée au public dans les phases d’élaboration et de discussion du projet. Le manque de concertation préalable est très fréquemment avancé” 

Omerta dans le corps médical et dans d’autres professions 

Ce projet est bien loin de faire l’unanimité au sein du corps médical. Pourtant les prises de position publiques sur le sujet sont rares, voire inexistantes. En effet, les médecins du CHU n’acceptent de s’opposer à ce projet uniquement sous couvert d’anonymat. De la même manière, de nombreux professionel·le·s en architecture et urbanisme ne veulent pas non plus prendre le risque de s’opposer ou d’émettre des doutes publiquement, ou seulement de façon anonyme, de peur d’être freinés dans leur carrière. Ces indices témoignent de l’omerta autour de ce projet qui mérite pourtant un débat ouvert, public et transparent avec l’ensemble des acteurs engagés et des habitants. 

Ce qu’en dit la presse – en bref

Ouest France 26/10/2020 

« [L’hôpital] Laennec, avec ses 53 hectares, son accès au périphérique, sa possible connexion au chronobus et sa situation sécurisée vis-à-vis du risque d’inondation, offre un scénario réaliste. » précisent les élus de Saint Herblain en commun

Presse Océan 13/10/2020 

« Dire que le corps médical soutient ce projet à l’unanimité est complètement faux. Les médecins encore en place dans l’établissement qui y sont opposés n’en parlent pas sinon ils peuvent faire un trait sur leur évolution de carrière, tout comme sur les moyens pour leur service. C’est l’omerta. »

Pour Olivier Terrien, la précarité des médecins et des paramédicaux ne leur permet pas de s’exprimer : Le premier qui l’ouvre dégage. […] Même certains architectes ne veulent pas s’exprimer de peur de se voir blacklister par la métropole.

« On est dans un paradoxe total : on veut diminuer le nombre de lits, diminuer le personnel alors que l’agglomération nantaise a augmenté de 10 % par an sur les dernières années. Sans compter qu’on prend en charge des personnes de tout le grand ouest. C’est stupide de vouloir réduire tout cela. » Daniel Duveau

Presse Océan le 12/10/2020 

La réussite du projet demeure conditionnée aux objectifs fixés par l’État, à savoir la diminution de la capacité de 231 lits en médecine, chirurgie, obstétrique (MCO), doublée de la suppression de 400 postes équivalent temps plein.

« L’hôpital est en tension permanente. La détresse du personnel est indéniable et le projet du futur CHU ne rassure pas. » Soulignent les écologistes nantais.

Ouest France 12/10/2020 

Selon la trajectoire initiale, dans le futur CHU, le nombre de lits devait diminuer de 202 à l’ouverture en 2026, en médecine, chirurgie, obstétrique.

Le premier avant-projet du maître d’œuvre (architectes et ingénierie) avait été rejeté du « fait du dépassement de l’enveloppe financière prévisionnelle affectée aux travaux.»

la rémunération définitive (des architectes et cabinet d’études) « n’est toujours pas connue »

Fait nouveau qui ne figure pas dans le rapport [de la Chambre régionale des comptes], on a appris très récemment que  fin 2019, 55 millions d’euros 59,4 millions ont déjà été dépensés pour le concours de maîtrise d’œuvre et les études.

«Les interrogations ne sont pas levées » quant à son accessibilité ou son caractère inondable, indique Julie Laernoes.

Presse Océan 2/10/2020 

Le projet d’hôpital sur l’île de Nantes n’est pas bénéfique pour la santé des Nantais, tonne déjà Laurence Garnier, cheffe de l’opposition LR, qui dénonce les risques d’inondation du site et son manque d’accessibilité.

Le coût du projet, proche du milliard, inquiète aussi les opposants. L’État a promis une participation de 225 millions d’euros. Mais le CHU mise sur une rallonge, via le plan d’investissement pour les hôpitaux porté par le gouvernement. « Si on attend un coup de pouce supplémentaire, c’est que le financement n’est pas bouclé », attaque Laurence Garnier.

Presse Océan, 1/10/2020 

« Affirmer qu’il n’y a pas d’alternative, c’est le meilleur moyen d’aller dans le mur » affirme Florian Le Teuff à propos du CHU.

Le débat escompté sur le CHU n’a pas eu lieu au sein de la nouvelle majorité.

Le collectif Gaela, opposé au projet, et le syndicat CGT du CHU affirment que les finances de l’hôpital ne permettront pas de réaliser ce projet sans casse sociale.

Presse Océan, 20/09/2020 

La direction du CHU de Nantes se félicite d’avoir […] une santé budgétaire étincelante, avant Covid, qui se fait au prix de la santé des salariés, selon la CGT. 2019 est une année record pour les arrêts de travail.

« Les efforts endurés par le personnel, poursuit le responsable syndical, n’ont d’autre visée que de financer le palais des glaces », à savoir la construction, d’ici 2026, du nouvel hôpital sur l’île de Nantes, dont le budget s’élève à un milliard.

Ouest France 20/05/2020 

« Nous ne sommes pas contre le développement de l’ambulatoire mais nous sommes pour le maintien de lits dont on a besoin, surtout avec le développement de l’attractivité et l’augmentation de la démographie. […] Le site de Laennec doit rester ouvert », réclame FO.

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